Accueil Date de création : 24/11/09 Dernière mise à jour : 15/03/10 21:47 / 300 articles publiés

Marre !

Pensez-y  (Marre !) posté le mardi 16 février 2010 20:47

Ce matin, grève des bus suite à l'agression d'un chauffeur. Je pars donc au boulot à pieds, ce que je n'avais pas prévu.

Pas assez couverte pour cette balade improvisée de 20 minutes, j'ai froid. Il gèle. C'est surtout mon visage qui souffre de la piquette, et mes doigts, malgré les gants. J'arrive bientôt à destination, aussi je me dis que je pourrai bientôt me réchauffer au bureau.

Au même moment, j'aperçois une femme assise parterre, faisant la manche. J'ai une boule dans la gorge. N'ayant pas de monnaie, je lui donne un chèque déjeuner, en espèrant qu'elle le consommera dans un Mac do ou autre et qu'elle se réchauffera par la même occasion.

Problème, la dame ne parle pas français et je ne suis pas sûre qu'elle saisisse l'utilisation de ce bout de papier orange. Son sourire me laisse penser qu'elle comprend tout de même.

Je poursuis mon chemin, sans envie. Je sens les larmes me monter aux yeux, en même temps que la colère. J'en ai marre !  J'ai l'image des doigts violacés de cette femme, qui va sans doute rester dehors toute la journée, voire cette nuit si elle ne dort pas en foyer.

Ca m'énerve ! Comment peut-il y avoir des gens dans des maisons, des bureaux, des brasseries, près du radiateur, en train d'apprécier un bon café chaud, pendant que d'autres sont assis à même le sol, là, juste là, de l'autre côté de la vitrine ? Oui ça m'énerve. Comment arrive-t-on à une telle banalisation de la misère, à une telle indifférence à la détresse ?

J'arrive au bureau, je salue les collègues et je pense toujours à cette femme à qui j'avais envie d'offrir quelque chose de chaud sans le pouvoir.

J'en parle et réalise en même temps qu'il y a une cafetière pleine juste à côté de moi.

Y'a pas à réfléchir, je prépare un grand gobelet de café, récupère quelques gâteaux dans la réserve collective, sucre, cuillère et j'ajoute quelques clémentines emmenées ce matin dans mon sac.

Je quitte mon lieu de travail pour retrouver cette femme dont je vois encore le visage. Je lui offre ce petit déjeuner de fortune. Elle bredouille quelques mots :

" La santé pour ta famille, ça va ?"

"Oui, ça va, merci"

" Merci beaucoup Madame. La santé pour toi et ta famille"  en mettant la main sur son coeur.

Toujours envie de pleurer. Même si je me félicite d'avoir écouté ma spontanéité sans réfléchir, je ne me sens pas mieux pour autant. Au lieu de me satisfaire, ce geste me rappelle ma propre passivité des autres jours.

Certes, je donne régulièrement la pièce, un chèque déjeuner ou de la nourriture, mais c'est tout, et je fais aussi partie de ce nous qui vaque à ses occupations quotidiennes, pendant que d'autres survivent.

La misère me révolte mais ce n'est pas pour cela que j'ouvre ma porte aux personnes sans logis. Suis-je donc bien cohérente ? Pourquoi ne le faisons-nous pas ?

Je me suis souvent posé la question et j'en suis arrivée à la conclusion que je n'agis pas par peur de l'engagement et par crainte de me sentir liée : si je commence, jusqu'où ça peut aller ? Je veux bien en dépannage, mais pas tout le temps. Si je le fais pour une nuit, pourquoi pas pour deux ,? Pour une personne , pourquoi pas pour deux ? Et ainsi de suite.

Oui j'en arrive à cette conclusion désastreuse :  ce que me souffle mon humanité est balayé par une peur pas très rationnelle. Comment tendre la main a-t-il pu devenir aussi compliqué, alors qu'il a pu être si naturel, et le demeure encore  ailleurs, ou en tout cas, dans d'autres cultures.

Je me souviens d'une situation qui m'a marquée, lorsque je travaillais sur une ZUP.

Je suivais régulièrement une famille marocaine, avec laquelle j'avais tissé des liens privilégiés. Un jour, j'arrive au domicile et je constate la présence d'un jeune homme. La dame m'explique alors qu'il est accueilli par eux depuis la veille, après qu'elle l'ait vu dormir dans le hall d'entrée d'un bâtiment voisin.

Elle me dit que c'est évident pour eux qu'on ne peut pas laisser quelqu'un dormir dehors alors que l'on a de la place chez soi.

Le jeune homme en question a été brieffé : pas touche aux quatre filles de la maison et dès le lendemain, il devrait effectuer des démarches pour trouver un foyer le plus tôt possible.

"Chez nous c'est comme ça" me dit-elle. "On ne laisse pas les gens comme ça. On ne peut pas. Dieu ne serait pas content";

Dieu ou pas Dieu, je ne suis pas contente. De moi, de nous.

Je vais continuer à distribuer pièces et café, en attendant que mon humanité casse la gueule à mes peurs mal placées.

 

 

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Mes amis, au secours !  (Marre !) posté le mercredi 27 janvier 2010 12:52

" Tant qu'il existera la misère, aussi longtemps que régnera l'exclusion, nous ne connaîtrons ni la paix de l'âme, ni la paix, ni la joie du cœur !"

[L'abbé Pierre]

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